La transition énergétique du secteur maritime représente aujourd'hui un enjeu majeur pour l'industrie touristique. Face aux défis environnementaux et aux exigences réglementaires croissantes, les compagnies de croisières et les ports adoptent des solutions innovantes pour réduire leur empreinte carbone. Parmi ces initiatives, l'alimentation électrique à quai s'impose comme une technologie prometteuse qui transforme en profondeur les pratiques du secteur.
L'alimentation électrique à quai : une solution concrète pour réduire l'empreinte carbone des navires
Les croisieres maritimes et fluviales génèrent traditionnellement d'importantes émissions de dioxyde de carbone, même lorsque les navires sont à l'arrêt dans les ports. Cette pollution résulte principalement du fonctionnement continu des groupes électrogènes nécessaires pour alimenter l'ensemble des systèmes de bord pendant les escales. L'alimentation électrique à quai apporte une réponse concrète à cette problématique environnementale en permettant aux paquebots de se connecter directement au réseau électrique terrestre lorsqu'ils sont amarrés.
Le fonctionnement de la connexion électrique en escale portuaire
Le principe du branchement électrique des navires repose sur une infrastructure portuaire spécifique qui permet de fournir de l'énergie décarbonée aux bateaux à quai. Ce système nécessite l'installation de bornes d'alimentation équipées de câbles à haute tension capables de transmettre des quantités importantes d'énergie. Pour un port maritime moderne, ces prises peuvent fournir jusqu'à treize mégawatts chacune, une puissance considérable permettant de répondre à l'ensemble des besoins énergétiques d'un paquebot pendant son escale.
La mise en œuvre de cette technologie implique des travaux d'infrastructure substantiels. Au Havre, par exemple, l'installation du système a nécessité la pose de trois kilomètres de câbles souterrains à haute tension et la création d'un transformateur électrique dédié. L'objectif à l'horizon 2026 est de pouvoir brancher simultanément trois paquebots avec des prises de quinze kilogrammes fournissant chacune jusqu'à treize mégawatts. Cette capacité permettra d'accueillir plusieurs navires en même temps sans compromettre la qualité de l'alimentation électrique.
Dans le secteur du tourisme fluvial, particulièrement développé sur le bassin Rhône-Saône qui accueille vingt-six paquebots fluviaux et cent dix mille passagers hors période de crise sanitaire, l'installation de bornes d'alimentation en électricité décarbonée constitue une avancée majeure. Six sites d'appontement sont déjà équipés de bornes, dont trois à Lyon et trois sur la Saône au nord de la ville, avec deux sites supplémentaires prévus prochainement. Cette infrastructure permet aux croisieres fluviales de s'inscrire pleinement dans une démarche de développement durable.
Les bénéfices environnementaux mesurables de cette technologie
L'impact environnemental de l'alimentation électrique à quai se mesure de manière très concrète. L'électrification d'un paquebot pendant douze heures permet d'éviter l'émission de cent tonnes de dioxyde de carbone et de deux tonnes de polluants atmosphériques selon les données de Haropa Port. Dans le contexte français, où plus de soixante-dix pour cent de l'électricité est décarbonée d'après l'ADEME, cette solution offre un avantage écologique considérable par rapport à l'utilisation de groupes électrogènes fonctionnant aux carburants fossiles.
Pour les paquebots fluviaux naviguant en France, l'alimentation électrique à quai permet de réduire les émissions totales de CO2 d'environ soixante pour cent. Cette réduction se traduit par une économie annuelle de sept cent cinquante tonnes de CO2 par paquebot. L'ambition de Voies navigables de France est d'atteindre un gain d'émissions de CO2 équivalent à huit mille cinq cents tonnes sur l'ensemble de son réseau. Au Havre, l'installation permet d'éviter l'émission de quinze mille à vingt mille tonnes de CO2 par an, un chiffre qui illustre l'ampleur du bénéfice environnemental de cette technologie.
Au-delà de la réduction des émissions de CO2, l'alimentation électrique à quai offre d'autres avantages significatifs pour la qualité de vie urbaine. Elle permet de supprimer les nuisances sonores générées par le fonctionnement permanent des groupes électrogènes, améliorant ainsi considérablement le confort des riverains et l'attractivité des zones portuaires. Les vibrations constantes causées par ces équipements disparaissent également, réduisant l'usure mécanique des navires et des infrastructures portuaires. La qualité de l'air s'améliore notablement grâce à l'élimination des émissions de particules fines et de polluants atmosphériques directement au niveau des quais.
Le système d'alimentation électrique à quai est éligible aux certificats d'économies d'énergie selon la fiche TRA-EQ-124, ce qui représente un levier financier important pour les porteurs de projets. Le volume de certificats d'économies énergie CEE est calculé avec un coefficient de treize virgule quatre pour un port maritime et de quarante-cinq pour un port fluvial. Une infrastructure maritime fournissant cinq millions de kilowattheures à des navires à quai sur six mois génère soixante-sept millions de kWh cumac, une valorisation qui contribue au financement des investissements nécessaires à la transition énergétique du secteur maritime.
Les ports et compagnies de croisière engagés dans cette transformation énergétique
La mise en place de l'alimentation électrique à quai nécessite une mobilisation conjointe des infrastructures portuaires et des compagnies maritimes. Cette transformation s'inscrit dans une dynamique européenne ambitieuse qui vise à équiper les principaux ports européens en prises électriques à quai d'ici deux mille trente. L'Union Européenne fixe un objectif de réduction de quatre-vingts pour cent des émissions de carbone des plus gros navires naviguant dans l'UE d'ici deux mille cinquante par rapport aux niveaux de deux mille vingt.

Les infrastructures portuaires qui adoptent ce dispositif en France et en Europe
En France, plusieurs ports ont pris des initiatives significatives pour développer le raccordement électrique des navires. Le bassin Rhône-Saône, premier bassin français pour la croisiière fluviale, a bénéficié d'un investissement de huit virgule cinq millions d'euros dans le cadre d'un contrat de concession de service public de quatorze ans accordé à ENGIE Solutions en juillet deux mille vingt-deux. Cette concession vise à développer l'infrastructure nécessaire pour permettre aux paquebots fluviaux de fonctionner exclusivement à l'électricité pendant leurs escales.
L'inauguration de trois bornes d'alimentation en électricité décarbonée pour paquebots fluviaux à Lyon marque une étape importante dans la décarbonation du tourisme fluvial. Ces installations permettent aux navires de ne plus recourir aux groupes électrogènes durant leurs escales, éliminant ainsi les nuisances sonores et les émissions de gaz à effet de serre associées. Le déploiement progressif de cette infrastructure témoigne de l'engagement des autorités portuaires en faveur de la transition écologique du secteur.
Voies navigables de France, établissement public responsable de la gestion du réseau fluvial français, joue un rôle central dans cette transformation. Ses missions principales incluent le développement de la logistique fluviale durable, la participation à l'aménagement des territoires et au développement touristique, ainsi que la gestion globale de l'eau. Dans le cadre de sa stratégie de décarbonation, l'établissement a mis en place des services complémentaires comme la collecte des déchets et l'avitaillement en carburant par voie d'eau pour réduire les flux terrestres sur les quais. Un pôle de distribution multi-énergies sera proposé en deux mille vingt-quatre pour les professionnels du tourisme et du transport fluvial.
À l'échelle européenne, plusieurs ports ont mis en place des mesures de développement pour le raccordement électrique des navires. Ces initiatives s'inscrivent dans une dynamique continentale visant à harmoniser les standards techniques et à créer un réseau d'infrastructures cohérent permettant aux navires de croisière de bénéficier de l'alimentation électrique à quai dans l'ensemble des ports européens. Cette standardisation facilite la planification des itinéraires et encourage les compagnies maritimes à investir dans l'équipement de leurs flottes.
Les investissements des armateurs pour équiper leurs flottes modernes
Les compagnies de croisières s'engagent progressivement dans l'adaptation de leurs navires pour permettre le branchement électrique à quai. Costa Croisières illustre cette dynamique avec l'utilisation par le Costa Diadema d'un raccordement électrique au port de Kiel en juin. Cette compagnie s'engage activement dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, considérant l'alimentation électrique à quai comme un élément central de sa stratégie environnementale.
L'équipement des flottes représente un investissement significatif pour les armateurs, qui doivent adapter les systèmes électriques de leurs navires pour accepter l'alimentation terrestre. Ces modifications techniques comprennent l'installation de transformateurs spécifiques, de systèmes de gestion électrique compatibles avec les standards portuaires, et de dispositifs de sécurité garantissant la fiabilité de la connexion. Malgré ces coûts initiaux, les économies de carburant réalisées pendant les escales et les bénéfices en termes d'image rendent ces investissements attractifs sur le long terme.
Le secteur du tourisme fluvial bénéficie de retombées économiques importantes, estimées à cent quarante millions d'euros pour les territoires. Le Club Croisière Rhône Saône, créé en deux mille vingt-deux, rassemble les acteurs de l'écosystème de la croisière fluviale sur le bassin pour développer de façon concertée cette filière. L'ambition de cette structure est de renforcer l'ancrage territorial de l'activité, d'accélérer sa transition écologique, d'améliorer la qualité de service et de promouvoir le secteur. Cette approche collaborative favorise le partage des bonnes pratiques et l'adoption généralisée des technologies de décarbonation comme l'alimentation électrique à quai.
Les compagnies peuvent également bénéficier d'un accompagnement au décret tertiaire et à la mise en conformité avec le décret BACS, de diagnostics techniques globaux, de solutions d'ingénierie technique, d'un monitoring de l'énergie et de conseils en performance énergétique. Des services de réalisation de Bilan Carbone, de mise en place de stratégies de décarbonation, de contribution carbone et de financement de la mobilité électrique complètent l'offre d'accompagnement disponible pour les acteurs du secteur maritime désireux d'accélérer leur transition énergétique.
Des aides financières locales, régionales, nationales via l'ADEME et européennes peuvent compléter la prime CEE pour soutenir les investissements dans l'alimentation électrique à quai. Ces dispositifs de soutien témoignent de la volonté des pouvoirs publics d'accompagner la mutation écologique du secteur maritime et de faciliter l'adoption massive de cette technologie. La convergence entre les objectifs environnementaux, les contraintes réglementaires et les incitations financières crée un contexte favorable à l'accélération du déploiement de l'alimentation électrique à quai dans l'ensemble des ports européens.
